A notre retour à Alger en 1955, nous nous sommes installés à El-Biar, dans un bel immeuble tout neuf : le Floriana, au Parc des Pins ; par les fenêtres de ma chambre et du living-room (le mot de l'époque pour le salon), on pouvait voir la pinède, le stade d'El-Biar et particulièrement la piste de course des lévriers.
Eglise d'El-Biar
El-Biar :
l'église, la Poste à droite au début de la Place de la Mairie, le jardin public derrière, le blvd Galliéni à gauche
Il n'y avait pas de chauffage du tout dans cet immeuble, et je peux vous dire qu'en hiver sur les hauteurs d'Alger, il fait vachement  froid ; nous, on dit "brrr !", ça doit venir de l'arabe "bred". Alors en hiver, Maman essayait de réchauffer les chambres et d'enlever un peu d'humidité en faisant flamber de l'alcool à brûler dans un petit plat en aluminium normalement destiné aux oeufs sur le plat ! Et on allumait un poêle à pétrole Primus, qui chauffait sans doute plus les coeurs que les corps.
Je suis entré à l'Ecole de la Sainte-Famille à El-Biar en maternelle dans la classe de Soeur Madeleine. Pendant ma deuxième année à la Sainte-Famille en 11°, j'ai eu ma première paire de lunettes, je voyais que pouic au tableau ; je garde un souvenir précis de M. Dupuy d'Uby,l'oculiste de la rue Michelet, et de l'opticien de la rue d'Isly chez qui Maman m'emmenait ; souvent, nous passions par l'ascenseur qui va de la rue Berthezène à la rue d'Isly.
Balcon Saint-RaphaëlEn octobre 1957, je suis entré en classe de 10°  au Pensionnat Saint-Joseph, chemin Beaurepaire à El-Biar, chez les "Chers Frères" ; je me souviens de l'institutrice de 9° et de 8°, Madame Marque ; elle habitait en ville à Alger et elle venait en autobus depuis la Grande-Poste, si bien qu'elle arrivait de temps en temps en retard à cause des embouteillages causés par les déplacements des militaires.
Le trolley là à droite, ce n'est pas celui qu'elle prenait, il est trop vieux ; mais c'est pour le plaisir de vous montrer les beaux arbres bien taillés, dans le tournant de l'avenue Franklin D. Roosevelt, juste sous le Musée Gsell, et les fils du trolley qui font si jôli dans le ciel.
Sur la photo de classe ci-dessous, la maîtresse est à droite, debout (je suis sûr que vous l'aviez reconnue), moi je suis le 3ème à partir de la gauche sur la 2ème rangée à partir du haut, et Patrick Charveriat (je vous en reparlerai plus tard) est le 4ème, juste à côté de moi. Cette photo a été prise pendant l'année scolaire 1958-59 ou 1959-60, je ne me rappelle plus. Nous allions derrière le bâtiment des classes, vers le jardin dans le vallon.
Si quelqu'un se reconnaît sur cette photo, ça me fera drôlement plaisir (c'est comme ça qu'on disait à l'époque) d'avoir de ses nouvelles, il suffit de cliquer sur ma photo.
Saint-Joseph, c'était vraiment terribe ! la cour était imense (comment, i faut 2 M ? à Alger, on dit "imense", "gramaire", demandez à mes côpines Françoise ou Djamila, si vous me croyez pas !), avec des faux poivriers dont les petites baies faisaient un effet terribe dans les sarbacanes de nos stylos à bille ; il y avait aussi une cour en terre juste comme i faut pour les billes, un mur en brique bien dur pour  casser les noix dessur (les frères i nous donnaient pas des casse-noix à la cantine), deux préaux pour quand il pleut, une chapelle avec devant l'autel un ange qui dit merci quand on lui donne des sous (ah là là !) ; nous jouions aux noyaux d'abricot, c'est mieux que les billes, il faut juste manger beaucoup de zabricots pour avoir beaucoup de noyaux , on jouait au mur, au tas, à la tirelire. C'est aussi dans la cour de récréation que je me suis fait pour la première fois traiter de frangao ; comment que j'y ai pas répondu, à çui là alors, la honte qu'i m'a pas fait ! frangao, moi, alors vous zavez pas lu la page d'avant ?
Pendant les trois ans que j'ai passé dans cette merveilleuse école, il s'est passé des choses vraiment extr'ordinaires (ah, mais vous alors rien que vous m'embétez à tojors me reprendre ; vous avez rien d'ôtre à faire ? arregardez bian le paragraphe en dessur, si vous comprenez pas !) :
un soir, le bus des T.A. s'est embourbé à l'arrêt devant le pensionnat, tellement il avait plu, et il a fallu demander un tracteur aux militaires pour le sortir de là ; je ne sais plus à quelle heure j'ai fait mes devoirs, ce jour là ...
je me rappelle aussi une invasion de sauterelles, le ciel il était noir en plein après-midi tellement qu'elles étaient beaucoup !
Cardinal Leon-Etienne Duval, archevêque d'Algernous avons tous été confirmés par Monseigneur Duval, l'archevêque d'Alger ; il avait une belle voiture noire, et quand il est arrivé, tout le monde lui a fait une haie d'honneur  (que Dieu le garde auprès de lui, c'était un homme juste qui a beaucoup fait pour l'Eglise en Algérie et pour l'Algérie).
Après 1962, le pensionnat Saint-Joseph a continué à exister, et tous les hauts fonctionnaires algériens y envoyaient leurs enfants pour qu'ils profitent de l'éducation des "chers frères" (le Bon Dieu parle dans toutes les langues, n'est ce pas ?). En Avril 2001, un lecteur elbiarois et ancien élève de Saint-Joseph m'a envoyé deux photos !
En 1960, je suis entré en classe de 7° à l'école communale Victor-Duruy d'El-Biar, où mon maître était Monsieur Naimo (mais j'ai toujours cru que son nom s'écrivait comme celui du Capitaine dans 20.000 lieux sous les mers).
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Trolleybus H à Madame l'AfriqueLes Trois HorlogesDe temps en temps, j'allais chez mes grands-parents à Bab-el-Oued ; quelle aventure ! J'y retrouvais ma cousine Monique, qui a un an de plus que moi, et qui était un peu ma grande soeur, il y avait plein de choses à voir car mes grands-parents habitaient au croisement du bld de Provence et de l'avenue des Consulats, juste en face du Bar Select et de l'arrêt du tramway, à deux pas du marché de Bab-el-Oued et de la Place des Trois Horloges (vous savez, celles qu'y en a une qu'elle marche, une qu'elle est arrêtée, et la dernière qui est fausse !).
Pour ces excursions mémorables, je traversais tout Alger en trolleybus et en tramway, avec un chaouch qui me tenait (que je tenais !) bien fort par la main ; je n'ai pas de tramway, mais pour l'édification de mes lecteurs, arregardez bian ce que j'ai trouvé : c'est un vrai "trolley", la ligne H qui allait de la Consolation à Madame l'Afrique, que vous voyez dans le fond. 
Le Bar Select à Bab el Oued !Qu'est ce que je me souviens, de Bab-el-Oued ? Je crois que j'y suis allé au cinéma pour la première fois, voir Sissi Impératrice au cinéma Marignan (merci Francis et Henri) au coin de l'avenue de la Marne et de l'avenue Durando, avec ma cousine ; et puis j'allais au marché, et je regardais les trams qui manoeuvraient juste en face de chez mes grands-parents : le receveur, il descendait changer l'aiguillage pour monter l'avenue des Consulats vers l'Hôpital Maillot, ou reprendre l'avenue de la Bouzareah pour retourner au Palais d'Eté, ou alors la perche elle se décrochait du fil, et il fallait la remettre, ou alors les yaouled i montaient sur les tampons, et il fallait les faire descendre ; et puis je regardais aussi les ambulances militaires qu'elles allaient à l'hôpital, des fois très vite, des fois dôc'ment-dôc'ment quand le blessé il était trop mal !
Je me rappelle aussi un peu de (vous allez pas recommencer, non ?) l'église Saint-Joseph, en haut de l'avenue des Consulats, de l'église Saint-Louis à la rue Dupleix (merci Henri !), de la place Dutertre, en montant vers le Frais Vallon. Je vais vâchement vous étonner : quand j'étais petit, tout ça me paraissait graaand, mais alors graaand ! et puis quand j'y suis retourné après 1962, j'ai vu que c'était tout petit-petit.
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Qu'est ce qu'on faisait le dimanche ? D'abord on allait à la messe, dans la belle église que vous voyez en haut de la page.
Et puis ensuite, qu'est que vous auriez fait, vous ? Allez voir au bout du chemin, et vous serez zédifiés, ma parole ...