Heureusement, les pires choses ont une fin !
En  septembre 1963, c'est le grand retour à la maison ; avec Maman, mon frère et ma soeur, nous allons retrouver Papa.
Depuis que nous sommes partis deux ans auparavant, il a déménagé du haut d'El-Biar à l'Hôtel Saint-George, où nous habitons la villa Lacour dans le jardin, en dessous du club de tennis (et des cuisines !).

Hôtel Saint George
Entrée de l'Hôtel Saint-George, dans les années 1930

Dans les jardins du Saint-GeorgeLa villa dans laquelle nous habitions, c'était  une belle maison, dont nous occupions tout le dernier étage : un appartement pour Papa et Maman, et un autre pour nous les enfants ; au rez de jardin, nos voisins étaient d'abord les Minet (le maître d'oeuvre de la cathédrale du Sacré-Coeur), puis le consul général d'Italie à Alger, qui nous fit découvrir le Campari (si vous croisez mon père sur l'Internet (1), demandez lui ce qu'il pense du Campari Soda ; (1) mais alors, vous êtes vachement forts ! ).
L'Hôtel Saint-George à cette époque, c'était vâchement bien : imaginez vous, un immense jardin plein de plantes exotiques, des bancs, des coins isolés, tout ça pour nous tous seuls, pour jouer à cache-cache, aux billes, ...  
C'est aussi à cette époque qu'a été créé un assaisonnement d'apéritif qui allait faire la joie de toutes nos kémia et de tous nos kanoun jusqu'à maintenant : une amie américaine Le felfel, c'est bon !faisait une mayonnaise taïba en y ajoutant du concentré de tomate (si vous en connaissez un meilleur que celui de Boufarik ...) ; un jour qu'elle pensait à autre chose, elle a confondu concentré de tomate et ... devinez ...  bessâh la harissa : la même petite boîte rouge et or, la même pâte rouge onctueuse et odorante en dedans, il suffit de regarder d'un oeil pendant 30 secondes. Et total, la mayonnaise, il y en a qui l'ont goûtée la première fois (en 1963 !) et qui courent encore ! Nous, on n'était pas fâchés avec le piment, alors on est rentrés à la maison avec la sauce, et on l'a oubliée quelques jours dans le frigidaire (mot algérois pour réfrigérateur) ; et alors, quand on l'a retrouvée, la sauce elle nous a fait payer de l'avoir laissée s'ennuyer la pôvre ... pô pô pô, qu'est ce que ça piquait pas, quand on en mangeait sur un bout de carotte ou de chou fleur ! quel kif mon Dieu !

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Une autre chose qui m'a beaucoup marqué à mon retour à Alger après deux ans en France : quand j'habitais El-Biar, je ne descendais pas souvent "en ville", et j'avais des souvenirs très imprécis des rues d'Alger, à part Bab-el-Oued chez mes grands-parents ; alors, à chaque fois que j'allais dans un endroit qui me disait quelquechose, j'avais l'impression de l'avoir vu dans une autre vie, et je cherchais très fort "où, quand, comment" ; cette habitude m'est restée, et aujourd'hui en écrivant ces pages, je passe mon temps à me promener dans Alger, et je vous dis, quel plaisir !
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Je fais ma rentrée au Lycée E.F. Gautier (celui qui a dit : "le désert est un pays froid où le soleil est chaud") en classe de 4° ; la salle de classe était dans l'Annexe, la nouvelle partie du Lycée donnant rue Edgar Quinet.
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La vie entre le lycée, la villa et la plage c'était vraiment le kif ! (ça, c'est un clin d'oeil à un site que j'aime bien) ; pas que le Lycée Pasteur de Neuilly c'était mal, mais si vous trouvez la mer, la mer Méditerranée à Neuilly sur Seine, ma parole mettez moi un mail, j'arrive en courant !