Dans un pays "pluri-ethnique" comme on dirait maintenant (nous, on disait rien, demandez à Roland Bacri)  comme l'Algérie, que d'occasions de sortir et d'aller au restaurant !
Dans un pays au relief tourmenté, et aux routes plus étroites que les "A6", "A7" dont Bison Futé nous rebat les oreilles (rappelez vous Charles Trenet et sa "Nationale 7"), faire 100 km de voiture pour aller manger, ça n'était pas rien, et pourtant on le faisait, et de bon coeur encore !
Combien de fois j'ai entendu chanter les mérites du chocolat de 4 heures chez Olcina à Boufarik ! Dans toute l'Algérie, il n'y avait pas un autre endroit pour prendre un chocolat chaud. Et maintenant, grâce à Hassiba (choukran', ya benti), je sais que Boufarik, on y vient d'Oran pour acheter les zlabias du Ramadan ! Alors, manger ça vous dit rien ?
A une époque, nous nous étions entichés d'un restaurant(4) à Aïn Bessem (cherchez sur la carte, c'est entre Aumale et Bouira), où une Française mariée à un Algérien faisait une cuisine de chasse terribe ! Et on pouvait détester la voiture (les initiés comprendront de qui je parle), on se tapait quand même la route, deux heures andar, deux heures venir, pour le plaisir d'une bonne daube de sanglier arrosé de vin du cru.
Bien des années après, quand une amie m'a fait découvrir le restaurant Ali-Bab(5) installé sur la plage du Chenoua, où on se régalait aussi du marcassin, ma parole si on réservait pas, on était bon pour le sanwich !
La kmia, rampe Bugeaud
la kémia, dans un bar à Alger ;
bien sûr la photo est datée, matez un peu le type avec la barbe,
mais quand je suis parti en 1982, ça existait toujours !
En ville, où on allait ? L'Hôtel Saint-George l'été pour dîner sur la terrasse ; A la Colomba rue Michelet - Didouche Mourad pour les meilleurs bricks d'Alger ; Chez Catherine à la Bouzaréah pour le maître d'hôtel et la villa turque ; Chez Madeleine à côté de la cimenterie Lafarge, pour le poisson et l'humidité ; les escaiers de la Pêcherie pour le poisson ; la Grande Brasserie avenue de la Marne à Bab el Oued pour la paëlla et la décoration de la salle du fond ; les gargottes de Fort de l'Eau - Bordj el Kiffan pour ... les brochettes, oui vous avez gagné ; les grilleurs en moitié plein-air de la rue de Tanger pour les brochettes et le bouzelouf ; le Billard Palace pour les scabèches, les tripes, la tête de veau (bravo Hassiba), et plein d'autres bonnes choses et l'ambiance (on a aussi essayé les brochettes au Grill de l'Aurassi, mais je suis pas méchant, alors je vous conseille pas !)
Brik tunisien (merci, Harrissa.com)
Un brick bien croustillant, du citron, mleikh !
Et ... à la maison pour le couscous et la chorba ; parce que je vais vous dire un secret : la meilleure adresse de couscous du monde, ma parole vous voulez que je vous la donne ? d'accord ; c'est à la maison : ma mèère et la femme de ménage.
Attendez voir, astena chouf, j'allais oublier les gateaux : qui c'est qui connaît les mantecao, et la mouna, et les beignets zarabes ou zitaliens que c'est presque pareil ? et les glaces, vous avez pensé aux glaces ? vous allez pas partir sans goûter au créponé (1), non ?
De toutes les manières, ç'aurait été dommage d'avoir autant de gens différents ensemble et qu'on soit pas capabes d'inventer des trucs bons ? Qu'est c' qui zont apporté les Espagnols, la paëlla et la soubressade ; et les Oranais, la calentita ; et les Italiens, la pizza carrée sur la pâte à pain, que c'est ma madeleine (de Proust) ; et les Juifs, le collier de mouton avec les topinambours, les pois chiches et le kemoun (yemma, quand zohra elle me le faisait comme à Boghar !),  et les ôtres, et encore les ceusses d'en face, et ...
Alors, quand la France elle est devenue indépendante en 1962, qu'est c'qu'on leur a apporté, à eux les pôvres ? le couscous et l'anisette, oui Madame bien sûr !
Et où est-ce qu'on les mange et qu'on les boît ces fameux couscous et anisette ? Je vous donne trois adresses "obligé - bessif" à Paris : le restaurant Chez Chalômé, rue de Trévise à côté des Folies Bergère, il est connu parce que d'abord il est très bon, tenu par des Juifs oranais marrants comme tout, et ensuite Gérard Oury y a tourné des scènes de son film Rabbi Jacob ; et puis le restaurant "404", rue des Gravilliers dans le quartier Beaubourg, il appartient à Smaïn, vous connaissez ? et le choix du nom pour le resto, c'est un clin d'yeux (pour la quantité, je vous mets les deux !) à tous ceux qu'ils ont roulé sur les routes du bled ; la semaine dernière j'ai découvert le restaurant "Le Taghit", rue de l'Ouest derrière la gare Montparnasse, tenu par une pharmacienne et bavarde Oranaise, le couscous est absolument super, on vous sert trois graines différentes, taïba la vérité .
Mais de toutes les manières, si vous comparez au Billard Palace (3), c'est meskine et compagnie !
(1) comment i s'appelle le marchand de glaces rue Michelet en face le cinéma ABC, qui fait les créponés plus bons que partout ailleurs ? et le glacier (2)  à côté la piscine El Kettani à Bab-el-Oued ?
(2) Djamila a  apporté la réponse à cette question cruciale : c'est "Chez Grosoli" ! et aussi (quelle gourmandise et quelle mémoire ! rue Michelet c'était "Montero", comment avais-je pu l'oublier ?). J'espère que bientôt je pourrai Montero,  la rue Micheletafficher ici une photo de Djamila en train de lécher un bon cornet de créponé ! Djamila, tu m'entends ?
et l'étiquette des gâteaux c'est le cadeau de Hanifa ! ah, les femmes, que ferait-on sans les femmes  !
(3) le premier qui m'envoie  une photo de ce monument de la gastronomie algéroise a droit à toute mon admiration, et à son nom à côté la photo
(4)  grâce à Jean-Louis, d'Aumale, je peux enfin vous révéler le nom de ce superbe restaurant : "Le Central", et la propriétaire s'appelait Madame Miralès ; et grâce à Abdelkrim de Aïn Bessem, je vous annonce que Madame Miralès n'a fermé son restaurant qu'il y a 10 ans (bravo !) et qu'elle habite toujours Aïn Bessem
(5)  quelle erreur ! dire que j'appelais "gargotte le fameux restaurant Ali-Bab de Chenoua Plage ! orosmon que un lecteur attentif, Algérien de Californie et ancien gérant du restaurant m'a écrit pour me permettre de corriger !
© Alexandre Faulx-Briole, 30 septembre 2000