Ma parole d'honneur, j'aurais le rouge à la fugure si je n'étais pas fier de mes origines !

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Chez moi, on est algérien depuis 1832 ! quand mon arrière-arrière-arrière-grand-père Bertrand Renon a quitté sa bonne ville de Bègles, à côté de Bordeaux (1),  avec son barda de cantinier pour Alger et les armées du Père Bugeaud.
Peut-être il voulait voir du pays, ou alors il aimait la montagne, ou alors il aimait pas la mer, ou alors ou alors..., total il est parti à Médéa.
Il a épousé le 20 août 1847 mon arrière-arrière-arrière-grand-mère Anna Bascans née en 1820 et a reçu en concession militaire un terrain sur lequel il a bâti un premier hôtel; puis il a ouvert en 1857 l'Hôtel de la Régence. Il est mort à Médéa en 1863 et repose au cimetière européen de Médéa où une première tombe Renon date de 1838, oui. Anna est morte à Alger en 1902.
Bien sûr que je ne l'ai pas connu, mon arrière-arrière-arrière-grand-père ! Moi je suis né en 1951.

Village de colonisation
Peut-être que Médéa ressemblait à ce village, en 1843 ?

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Leur fille Julie-Rosa est née à Médéa en 1848 ; elle a épousé le 5 février 1869 Claude Amance Briole, un pharmacien-militaire né en 1841 à Graveson, au nord des Bouches du Rhône (un peu au sud d'Avignon) d'une famille immigrée de Lombardie ou de Toscane au XIIème siècle.
Claude Amance voulait voir du pays, alors il s'est "engagé volontaire" en 1858, a combattu les Autrichiens à Solférino le 24 juin 1859 ; puis il est parti pour l'Algérie en 1866 et est arrivé à Médéa en 1868 . Ce sont mon arrière-arrière-grand-mère et mon arrière-arrière-grand-père.
Ils ont eu trois fils : Paul Amance, Gabriel, tous deux officiers d'administration au Service de Santé des Armées, et Alexandre.

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Mon arrière-grand-père Alexandre Briole est né à Alger ; il était médecin militaire (dans la famille on avait la santé et l'armée dans la peau !), et vécut longtemps à Aumale, entre Alger et Bou Saâda ; maintenant, Aumale s'appelle Sour el Ghozlane ou les "Remparts aux gazelles", c'est un joli nom, plus joli qu'un nom de djoundi de la Guerre de Libération (c'est comme ça qu'on dit "les événements" ou "la guerre d'Algérie" en algérien administratif de l'époque Boumediène ; remarquez, en France, ils ont bien le français hexagonal).
La personne la plus ancienne de la famille en Algérie que j'ai connue, même si je ne m'en souviens pas fort, c'est mon arrière-grand-mère Clotilde Maestracci, d'origine corse et dont les parents et les grands-parents vivaient déjà en Algérie (mais leur trace est perdue, pour le moment), que j'appelais "Mémé Clotilde" ; je la voyais quand j'avais quatre ou cinq ans.
Alexandre et Clotilde ont eu une fille ...

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Ma grand-mère Madeleine Alexandrine (comme son papa), mais que tout le monde appelait Rosette (comme sa grand-mère), était née à Alger en 1894, et elle m'a souvent raconté qu'elle "partait en vacances" voir son papa en diligence ; mais elle ne m'a jamais dit combien de temps ça prenait, d'aller d'Alger à Aumale en diligence par Tablat et la montagne ; moi, je l'ai fait en Renault 4L en 1978, il fallait être fort pour dépasser le 50 km heure de moyenne !

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Mon père Georges, comme son papa, est né le 4 janvier 1927 boulevard de Provence à Bab el Oued (oui, à Alger, d'accord, mais à Bab el Oued d'abord !) ; c'est vrai d'abord, je l'ai lu dans le journal.

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Moi, je suis né en exil  ; c'est un peu difficile à dire, mais à cette époque mes parents vivaient loin dans le Nord, en Métropole ; qu'est ce que je me suis fait traiter de patos et de frangaoui ! Mais alors, je m'ai bien défendu, hein !

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(eh oui, y en a deux, vous avez bien deux mains, non) Ma soeur Marie-Sabine, elle a eu pluss (avec deux S, demandez à Roland Bacri) de la chance, elle est née à El-Biar, à la clinique des Orangers à la colonne Voirol.

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Oui, maintenant ça fait sept générations, parce que Aurélie ma fille elle est née en 1981 quand on était pas encore partis (en fait, on savait pas qu'on allait partir si peu de temps après) ; ma fille, on l'a faite à Alger, elle le sait, elle le vit ; alors je ne pouvais pas arrêter la généalogie à six, vous comprenez.

Si je compte bien, de 1832 à 1992 (quand mon père est parti en France) nous avons vécu 160 ans en Algérie ; sept générations de notre famille y ont vécu, quatre y sont enterrées, au moins cinq y sont nées ou y ont été conçues ... Alors, mon père, ma fille, et moi, quand on parle de l'Algérie, on dit "mon pays", on ne se complique pas la vie.
 (1) Il est amusant que, des générations plus tard, l'arrière-petite-fille de Bertrand épousa un autre Bordelais, du Bouscat celui-là.
(C) Alexandre Faulx-Briole, 4 septembre 2000